Le coeur Réhabilité (3)

Cet article est le dernier d'une série de 3 articles publiés précédemment sur les différents systèmes émotionnels qui nous gouvernent , et la nécessité de réhabiliter le coeur.


Comment peut-on utiliser ces connaissances pour se transformer, se réguler différemment?


Il va falloir travailler sur la modulation de chacun de ces trois systèmes les uns par rapport aux autres. Chacun des systèmes s’est développé durant des millions d’années, et a son utilité adaptative, mais sous le poids de mauvaises habitudes individuelles et collectives, des histoires de vie, de l’éducation, etc, nous avons parfois à notre insu développé en excès ou déréglé notre système de menaces, ou bien cru que vivre au travers de notre système des conduites était la seule manière de vivre.


Pour se transformer vraiment, il s’agira de remettre ces deux systèmes à leur juste place, et de redonner la part belle au système que nous avons sous estimé, relégué de manière un peu méprisante au temps de l’enfance et assimilé à des comportements gentillets mais souvent non adéquats avec la “dureté de la vie”.


Diminuer le système des menaces, qui est peut être dans l’immédiat, le plus problématique. Parfois, le système d’alarme est allumé, c’est comme si nous avions une alarme qui hurle de manière permanente et irrationnelle, au centre de notre psychisme. Nous ne savons pas pourquoi, mais nous nous sentons angoissés à propos de tout ou presque, même si nous reconnaissons volontiers que cela n’est pas fondé et que nous ne devrions pas être aussi anxieux. Au moins 70% de la demande d’aide en cabinet porte sur ces problématiques anxieuses: attaques de panique, crises d’angoisse, trouble anxieux généralisé, phobies sociales, etc. Toutes les problématiques d’attachement sont également liées au système de menaces: la difficulté à vivre des relations humaines sereines sont bien souvent liées à des difficultés précoces de l’attachement qui n’a pas pu se construire de manière confiante et sécure, et a engendré une insécurité ou une ambivalence dans la manière de vivre ce lien, en allumant le système des menaces là où le système d’apaisement et d’affiliation aurait dû jouer tout son rôle.


A un niveau général de la population dans nos pays occidentaux, il y a un véritable travail à faire pour calmer ce système de menaces. Je pense que l’amélioration des conditions de vie, du confort, les réponses que notre civilisation a apportées à la plupart des problèmes susceptibles de se présenter dans le quotidien, qu’il s’agisse des progrès de la médecine permettant de mettre à distance la maladie, de la manière dont nous gommons la mort dans nos sociétés, qu’il s’agisse des aides sociales, qui, malgré tout le bon qu’elles amènent, quoi qu’il arrive nous avons une sorte de sécurité minimum et tout cela a contribué à créer un affaiblissement psychique, et nous tolérons de moins en moins l’incertitude, la maladie, la mort. Il s’ensuit que le simple fait de nous représenter leur éventualité devient quelque chose d’effrayant et d'anxiogène. A force d’être préservés, nous évitons la confrontation avec certaines réalités fondamentales, et c’est cet évitement qui fait que nous ne sommes plus en contact avec la réalité, mais avec les idées que nous nous faisons d’elle, qui peuvent devenir monstrueuses. Par ailleurs, la modernisation de la vie et l’éclatement des structures familiales, la nécessité du travail des femmes, a peut-être contribué à plus d’insécurité dans le lien mère-enfant et généré des problématiques d’attachement plus fortes.


Une autre explication de l’emballement du système de menaces, est sa sur-sollicitation sur des durées trop longues. En d’autres mots, un stress prolongé des mois durant, peut provoquer un effondrement nerveux avec une activation de l’hippocampe.

Le système d’alarme peut réagir de manière disproportionnée par rapport à la menace réelle. Il devient hypersensible et s’active automatiquement, suite à une peur ou un choc, sans plus pouvoir redescendre. Il bloque alors de nombreuses fonctions corporelles, ce qui mène à une réduction du rythme cardiaque et de la respiration, et s’accompagne de divers signes neurovégétatifs, dont le responsable est le nerf vague qui est le plus long nerf du corps. Il démarre au dixième nerf crânien et se faufile à travers la moelle épinière et la colonne vertébrale, puis il se connecte à tous ces différents systèmes d’organes.


Calmer le système Un des moyens les plus rapides et les plus efficaces que j’ai trouvé au sein de ma pratique et que j’utilise auprès de ma patientèle anxieuse, de plus en plus nombreuse, est la cohérence cardiaque. Il s’agit de faire passer l’organisme de l’état de chaos cardiaque à un état de cohérence de la variabilité cardiaque: on active par un procédé respiratoire simple et régulier, cet état de cohérence via le nerf vague, qui synchronise les fonctions physiologiques. L’information cohérente monte directement au thalamus, et synchronise l’amygdale et les émotions, 
puis la fonction corticale et les pensées.

Une onde chaotique va générer des symptômes de stress, des troubles neurovégétatifs, une sécrétion accrue de cortisol, des émotions comme la peur, l’anxiété, la dépression, et des pensées associées
, alors qu’une onde cohérente génère un état d’équilibre physiologique et neurovégétatif, un état émotionnel harmonieux, ouvert, de type gratitude, reconnaissance etc, et des pensées associées. Notons que la caractéristique principale de la cohérence cardiaque est une “mise au neutre” des fonctions par cet état d’équilibre: la gratitude et le contentement ne sont pas induits en tant que tels, mais sont plutôt la résultante de l'équilibre des fonctions, comme si c’était l'état naturel par défaut.

La cohérence cardiaque augmente également la perception intuitive et la capacité de prise de décision.




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