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La Sidération psychique dans le psychotraumatisme

Dernière mise à jour : 12 nov. 2023





Réaction normale au Stress: La Lutte ou la Fuite (Fight / Flight)


Lorsqu'une situation d'adversité survient et que nous nous sentons en danger, que nous avons peur, notre cerveau dispose de plusieurs options pour réagir. Si la situation de stress qui se présente est suffisamment modérée, le cerveau évalue le danger dans un temps très court (qui ne passe pas par le conscient et la pensée (c'est ce qu'on appelle la "voie courte"). Il pourra alors adopter l'une ou l'autre des deux options que sont l'attaque, ou la fuite, selon la meilleure option, en fonction qu'il évalue qu'il va être "de taille" ou pas à faire face au danger ou à l'agresseur. Il mobilise alors le système nerveux sympathique, qui fonctionne avec l'adénaline, la noradrénaline et la dopamine (les catécholamines) pour lui envoyer la gomme nécessaire à une action courte et intense. Dans ces deux cas, la lutte ou la fuite, toute se passe bien, même si la peur est là, mais nous avons trouvé une solution et les choses vont rentrer dans l'ordre, le stress passé!


Dépassement des Ressources nerveuses: Immobilisation et Dissociation


Un cran de stress au dessus, si le stress se prolonge, le Cortisol est sécrété, ainsi qu'une libération supplémentaire de glucose pour continuer à m'aider. Le corps "tire sur la corde", mais la survie continue d'être assurée.

Mais si nous ne pouvons ni lutter ni prendre la fuite, et que le danger est toujours présent, le stress continue à se propager et à monter. C'est alors la réaction inverse à la première qui se produit. Pour ne pas rester sous l'emprise des effets nocifs du stress aigü (qui est fait pour être très intense mais très court) et d'émotions trop intenses, notre cher cerveau, préoccupé avant tout de la survie de l'organisme, se voit obligé de "débrancher", c'est la solution parfaite qu'il trouve pour réduire le danger imminent présent à la fois à l'extérieur, mais aussi à l'intérieur avec toutes ces réactions chimiques et hormonales qui mettent à mal le corps. Il va produire de quoi nous anesthésier: ce faisant il nous livrera de quoi nous immobiliser, avec une sécrétion d'endorphines. Le corps ralentit brusquement et intensément. Il coupe également la connexion neuronale entre le thalamus et le cortex, qui permet de traiter cognitivement l'expérience vécue.

Rapidement, on va se sentir littéralement une forme d'anesthésie, physique et psychique, une déconnexion, comme si le corps et le cerveau étaient éteints. On 'arrive plus à penser. Une forme de bug, en somme... On peut avoir l'impression que la scène est irréelle, ou bien de voir la scène de l’extérieur, en spectateur: c'est un état dissociatif que l'on appelle la déréalisation dans le premier cas, et la dépersonnalisation, dans le second cas. Cet état, c'est ce que l'on appelle la dissociation "péri-traumatique", qui arrive au moment du traumatisme.


Sidération et dissociation traumatique


Cette expérience dissociative correspond à toutes les informations ressenties de manière extrême pendant la situation de danger, mais qui n'ont pas été traitées par le cortex en raison de la désafférentation (la coupure que le thalamus a opéré via le cortex) constitue la plupart du temps la source d'un psychotraumatisme. Le cerveau reste sous l'emprise de ce stress très intense, et ne peut plus traiter les informations comme à son habitude, et notamment faire son travail de gestion de la mémoire. Ces informations somato-sensorielles restent bloquées, stockées dans le système limbique, au lieu de pouvoir être traitées par le cortex. Ces mémoires ne sont donc pas élaborées, digérées, comprises. Elles restent donc intactes, brutes, comme elles ont été perçues au moment de l'impact de danger. On considère, pour cette raison, qu'elles sont dysfonctionnelles et traumatiques.

Enormément de personnes consultent pour de multiples difficultés, sans même se rendre compte qu'elles sont dans un état de sidération. Trouble panique, anxiété généralisée, TOCs, dépression, troubles émotionnels, etc ont tous à leur origine une expérience traumatique. Pourtant, ces personnes n'ont la plupart du temps pas le souvenir d'une expérience qui les a plongées dans cet état, ou bien elles ne font pas le lien avec des expériences courantes de l'enfance. Nous savons que la sidération psychique peut survenir après toutes les situations où nous avons senti que notre intégrité physique et/ou psychique était menacée, des scènes de violence donc, physique, mais aussi psychologiques, dans lesquelles nous nous sommes sentis humilié, honteux, ou dans lesquelles nous avons vécu une injustice.


Quelles conséquences a la sidération?


L'état de sidération psychique laisse la personne, encore bien des années plus tard, voire des décennies si elle n'est pas prise en charge de manière adaptée, dans un état de confusion à propos d'elle-même. Elle se sent coupable, sans savoir exactement de quoi. Elle se sent honteuse et ne s'aime pas, sans que ce jugement ne porte sur rien en particulier à propos de sa personne propre. Elle se sent nulle et pas à la hauteur, sans n'avoir jamais vécu de véritables échecs.

L'état de sidération a par conséquent des conséquences énormes dans tous les domaines de la vie: personnelle, amoureuse, sociale, professionnelle... La rumination à propos de soi prend une place majeure, la haine de soi prend le contrôle des coeurs, et nous passons l'existence à trébucher de honte à colère, sans que n'émerge jamais vraiment la lumière de l'horizon.


Quelle réponse apporter à cet état de sidération ?


Depuis les 15 dernières années, de nouvelles manières d'appréhender le psychotrauma se sont fait jour, et se diffusent progressivement en Europe. Les approches intégratives qui marient travail psychocorporel (Somatic Experiencing de Peter Levine), approches autour de l'attachement et travail avec les différentes parties de la personnalité (IFS, de Richard Schwartz ou TFC - Thérapie Fondée sur la Compassion, de Paul Gilbert), et restauration graduelle de la mémoire explicite (ICV - Intégration du Cycle de la Vie) s'avèrent très efficaces et permettent d'amener un soulagement déjà conséquent en quelques séances.













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