Le contournement spirituel : quand la lumière sert à fuir l'ombre
- Claudine Briatore

- il y a 4 heures
- 3 min de lecture

Il existe une forme de spiritualité qui monte, lumineuse, apaisante — et qui, paradoxalement, nous éloigne de nous-mêmes.
Le psychologue américain John Welwood l'a nommée dès 1984 " spiritual bypassing", ou contournement spirituel. L'idée est d'autant plus troublante que le phénomène est très répandu: nous pouvons utiliser les pratiques spirituelles — méditation, retraites, enseignements — non pas pour se transformer, mais au contraire, pour éviter de ressentir ce qui fait mal.
Se tourner vers la lumière pour ne pas voir l'ombre
Qui n'a jamais connu cela ? On traverse une période difficile — une rupture, une perte, une fatigue profonde. Et on se tourne vers la méditation, les retraites, les lectures spirituelles. Ce mouvement est beau et sincère.
Mais parfois, à notre insu, quelque chose d'autre se glisse dans cette intention : l'espoir secret que la spiritualité vienne remplacer le travail intérieur. Que la paix du silence efface la douleur sans qu'on ait à la regarder en face. Que la lumière suffise à dissoudre l'ombre.
C'est cela, le contournement spirituel: un raccourci — mais qui mène, en définitive, à une impasse.
Ce qu'on laisse derrière soi sans le savoir
Lorsqu'on fait ce contournement spirituel, que l'on contourne, donc, sa psyché au lieu de la traverser, certaines choses restent intactes, enfouies sous les couches de pratique :
Les peurs anciennes, toujours actives, simplement habillées de mots nouveaux
Les émotions non accueillies, qui continueront de gouverner nos réactions sans qu'on le voie
Les parties de soi épuisées, qui attendent d'être rencontrées — pas transcendées
Le paradoxe est subtil : on peut passer des années en retraite, accumuler des expériences mystiques, et rester profondément coupé de soi-même. La spiritualité est devenue un refuge — et un refuge, aussi beau soit-il, n'est pas une demeure.
Traverser, pas éviter
Ce que nous proposons dans nos retraites part d'une conviction différente : on ne rejoint pas le cœur en sautant par-dessus soi-même.
La vraie transformation intérieure demande de passer par la matière psychique — les peurs, les résistances, les parts de soi qui protègent, qui réagissent, qui souffrent — non pour s'y perdre, mais pour les rencontrer avec douceur et les traverser.
Ce n'est pas un travail thérapeutique au sens clinique. C'est quelque chose de plus doux, et de plus profond à la fois : apprendre à voir ce qui nous gouverne, à l'accueillir avec bienveillance, et à découvrir qu'au-delà de ce mouvement intérieur, il y a un espace stable. Silencieux, vivant.
Cet espace, nous l'appelons le cœur.
Le cœur n'est pas une fuite — c'est un aboutissement
Rejoindre le cœur n'est pas une façon d'esquiver la complexité humaine. C'est précisément l'inverse : c'est ce qui devient possible après avoir accepté de se regarder avec honnêteté.
Dans nos retraites, nous ne proposons pas d'aller directement vers la lumière. Nous proposons d'abord de s'asseoir avec ce qui est là — le bruit intérieur, les tensions, les histoires que l'on se raconte — et de le traverser, accompagné, dans un espace de sécurité et de bienveillance.
C'est seulement alors que le silence prend une autre qualité. Qu'il ne sert plus à fuir, mais à habiter.
Si vous vous reconnaissez dans cette tension — l'appel sincère vers quelque chose de plus profond, et la sensation que quelque chose résiste encore — nos retraites "Retrouver le trésor caché du Cœur" sont peut-être faites pour vous.



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