Le coeur réhabilité (2)




Nous avons vu dans la précédente partie de cet article (cf article précédent) que nous ne sommes pas "un", mais "plusieurs" cerveaux qui co-habitent et co-agissent en nous, définissant différents systèmes émotionnels qui ont chacun leurs intérêts, leurs modes, leurs priorités.

Voici donc ici détaillés ces différents systèmes et leurs modes de fonctionnement:


  • Un système centré sur les menaces qui permet de prendre des décisions rapides pour échapper au danger et qui était destiné à l’origine à favoriser la survie de l’espèce

  • Un système centré sur les besoins et des pulsions, dévolu au développement de l’espèce (nourriture, reproduction, expansion géographique, plaisir, excitation)

  • Un système centré sur l’apaisement et l’affiliation, support du développement affectif et spirituel de l’espèce.


1 - Le "Système des menaces", est régi par la recherche de protection et de sécurité. Il correspond au cerveau le plus archaïque en nous, le cerveau reptilien, qui gouverne notre système d’alarme en vue de maintenir notre survie et de nous prémunir des dangers. Lorsqu’il est activé, nous sommes toujours aux aguets, anxieux, angoissés, parfois massivement, dans la peur du lendemain, de la mort, de l'avenir, de tous les risques potentiels, et jamais dans le présent. Il est facilement suractivé dans nos sociétés où il faut être combatif et compétitif. Il peut être activant (on peut lutter ou fuir: on s'agite dans le stress) ou bien inhibant (on est paralysé, sidéré par l'angoisse, incapable d'agir). En termes de neurophysiologie, il fonctionne sur le système de l’adrénaline et du cortisol, neurohormones du stress.


Lorsque nous ressentons un danger, ce système augmente son activité. Quand nous subissons un défi, un stress, nous essayons d’abord de parler, de négocier si c’est possible; puis nous passons en mode combat/fuite, ce qui peut générer diverses émotions soit dans le champ de de l’agressivité/ colère (irritation, frustration, colère puis rage) soit de l’anxiété (inquiétude, préoccupation, peur, panique). Enfin, si le stress continue et que nous ne trouvons pas de solution adaptative, nous nous bloquons, et nous entrons alors dans un état qui correspond à la sidération (impuissance, désespoir, engourdissement, honte, dépression, orientation vers la mort). Il faut savoir que toutes ces émotions, ces états mentaux, sont d’abord le résultat de processus physiologiques et adaptatifs par rapport à notre environnement. C’est ce que nous apprennent les dernières recherches en psychologie, et elles nous ouvrent également des voies libératrices pour calmer et désactiver ces systèmes, et privilégier le 3e système, qui comme nous le verrons, est une voie prometteuse d’harmonie, de confiance et de retour à l’intériorité.


2 - Le second système, dit "Système des conduites", est régi principalement par la recherche de stimulations, de récompenses, de plaisir. Il est sur stimulé dans nos sociétés, et fonctionne sur la dopamine; il est activant. Il nous pousse à vouloir faire toujours plus, consommer toujours plus, vouloir plus, de manière insatiable, car ce système a besoin de toujours plus pour pouvoir s’auto-entretenir. Le prototype en est la personne addicte à son travail qui termine en burnout à force de s'être brûlée dans une tâche intense dans laquelle elle a pris un certain plaisir à étendre son prestige social, ses moyens financiers, ses connaissances, ses relations, mais souvent au prix d’une vie au final dénuée de sens, de valeurs, et en ayant sacrifié bien des liens affectifs et son intériorité. A l'extrême, c'est ce système encore qui nous pousse à détruire la planète emportés sur notre lancée sans pouvoir nous arrêter.

Sur un plan physiologique, la structure responsable est le striatum, qui contient les structures du noyau caudé et du Putamen et se trouve sous le cortex, et qui contrôle le système de récompense du cerveau en relarguant de la dopamine lorsqu’une activité lui convient, procurant ainsi un sentiment de plaisir et renforçant les circuits neuronaux qui ont supervisé cette activité avec succès. Cette recherche de plaisir a pour but primordial la survie de l’espèce et la transmission des gènes.


Le cerveau humain, sur cette base de plaisir/récompense, s’est habitué à poursuivre 5 objectifs : manger, se reproduire, acquérir du pouvoir, étendre son territoire, s'imposer face à autrui. Le striatum est aux commandes d'un cerveau toujours plus performant (l'homme s'est imposé comme le mammifère dominant de la planète) et réclame toujours plus de récompenses pour son action, tel un drogué qui ne peut discipliner sa tendance à l'excès.

Le neurophysiologiste Sébastien Bohler, dans son ouvrage “Le Bug Humain”, nous explique comment cette structure cérébrale a fini par enfermer l’homme dans un système qui se retourne contre lui même: à rechercher toujours davantage, il reste dans une vision à très court terme, sans vision large de son existence ni perspective. Car le striatum n’est pas conçu pour se limiter: pour produire chaque fois du plaisir, il est nécessaire d’avoir un résultat supérieur aux attentes, afin de recevoir plus de dopamine à l’anticipation et à la réalisation, car dans le cas contraire, il y a une habituation et une extinction du plaisir.

Le striatum est aveugle au temps. Une récompense à venir dans 1 an ou 10 ans,ne produira aucune décharge de dopamine. C’est pourquoi le fait de connaître nos intérêts à long terme, ne suffit pas pour agir efficacement et de manière adéquate à ces intérêts dans le présent, car nous choisissons le plaisir. «Le plaisir et la facilité que nous pouvons nous offrir maintenant ont cent fois plus de poids dans nos décisions que la considération d’un avenir lointain. » (S. Bohler) De ce point de vue, nous sommes avec un cerveau qui a été pendant des millions d’années notre meilleur allié mais qui peut être aussi notre pire ennemi et travailler contre nos intérêts en nous poussant à rechercher le plaisir sans être connectés à nos intérêts supérieurs et à notre sagesse.